Art martial, sport de combat ou méthode de combat : quelles différences ?
Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu
D’abord, entrons dans le vif du sujet : pourquoi l’un est un art et les autres pas, et quel exemple pourrait-on donner ?
Les sports sont codifiés, ils sont régis par des règles de sécurité de pratique, comme les conditions d’exercice, le matériel, le lieu, la durée des matchs, l’équipement, etc. Ce qui fait qu’une activité physique devient un sport, c’est l’aspect compétition. Prenons un exemple : la boxe.
Elle se pratique sur un ring, avec des gants, en un contre un ; un match, c’est jusqu’à 12 rounds de 3 minutes. Il y a un arbitre, un jury, etc. Les arts martiaux remplissent ce cahier des charges, mais il y a une différence : c’est la spiritualité, le code martial, le code moral du pratiquant. Bien sûr que les boxeurs ont un sens de l’honneur, comme la plupart des sportifs et même des êtres humains, cependant ce n’est pas partie intégrante de la pratique. Dans tous les arts martiaux, il y a le salut du dojo, c’est-à-dire du lieu, le salut du maître, l’inventeur de l’art en question, le salut du professeur, des pratiquants, etc. Il y a un code de respect pour les anciens, les plus faibles, un code d’entraide aussi… Je prends l’exemple du judo. Le judo a un code moral : 8 valeurs dont le judoka doit s’approcher le plus possible. La politesse, le courage, la sincérité, l’honneur, la modestie, le respect, le contrôle de soi et enfin l’amitié. Le judo moderne a exprimé sur papier et dans son dojo ces valeurs, mais elles ne sont pas propres au judo, elles sont propres aux arts martiaux. La dimension spirituelle est le fondement de la discipline, c’est pour cela que c’est un art, un art de vivre en société.
Quant à la méthode de combat, comme le krav-maga, elle ne répond qu’à la question technique de l’agression. Ce sont des outils pour blesser, casser ou même tuer. L’aspect est purement technique.
À quoi bon la spiritualité, puisque le but, c’est de se défendre ?
Eh bien, parce qu’il ne s’agit pas d’avoir de la technique pour briser ou tuer à chaque coup de colère : il s’agit d’utiliser son corps comme une arme au bon moment, pour la bonne raison et de façon proportionnée, c’est-à-dire de la bonne façon. Cela demande de la maîtrise technique, et plus encore de la maîtrise émotionnelle et psychologique.
Pourquoi je fais cet article, pour qui ?
Pour toute personne qui veut se défendre et qui voit dans un club qui montre les plus dangereuses techniques de défense une marque de qualité. Je ne suis pas de cet avis.
Casser et frapper est un art qui nécessite une maturité intellectuelle, une conscience des conséquences et un respect de la vie, quelle qu’elle soit. Je glisse ici la question du combat pour les enfants…
Mon propos n’est pas de déterminer si telle action mérite telle sanction ou pas. Prenons l’exemple simple d’un vol de téléphone. Peut-on briser un genou (handicap à vie) pour un vol de téléphone ? Je n’ai pas de réponse, car le contexte, les circonstances et tant de facteurs entrent en jeu, au-delà de la simple balance handicap/téléphone. Certains répondront oui sans hésiter, car leur téléphone est la prunelle de leurs yeux. D’autres, au contraire, n’y voient qu’un objet. Et le combat peut dégénérer : d’un simple geste naturel pour garder son téléphone peut découler une situation qui devient incontrôlable et dangereuse, où l’enjeu n’est plus le téléphone mais sa survie. Un combat engagé n’est jamais anodin.
Je dis simplement qu’on doit se poser la question avant, bien avant d’avoir à briser un genou par réflexe, ou parce que le club de self dit qu’il faut frapper l’adversaire au moins à 3 reprises, même à terre, comme j’ai déjà pu l’entendre.
Devons-nous perdre notre humanité parce qu’on se défend ?
Je ne crois pas. Au contraire, elle est nécessaire, plus que jamais !
Je ne dis pas qu’on ne doit pas utiliser ce qu’on connaît, je dis qu’il faut l’utiliser de façon proportionnée et « réfléchie ». D’ailleurs, ce n’est pas moi qui le dis, c’est la plupart des grands maîtres. Et plus j’ai progressé dans ma maîtrise, plus j’ai senti qu’il était nécessaire de bien réfléchir avant d’utiliser ces techniques.
C’est pourquoi, pour la self-défense, je conseille d’être bien au clair avec ce qu’on veut apprendre. Est-ce qu’on veut apprendre à frapper, casser, sans discernement, comme un réflexe de survie, ou est-ce qu’au contraire on veut utiliser ses outils de façon graduelle, en fonction de l’agression ou de la situation ?
Chacun répondra à cette question selon ses besoins. Cependant, je rappellerai qu’on peut mettre quelqu’un hors d’état de nuire sans pour autant lui crever un œil ou lui briser la jambe ou le bras.
Les points vitaux issus des arts martiaux sont assez explicites par leur nom et permettent de mettre quelqu’un en détresse momentanée sans l’affecter à long terme.
Personnellement, je préfère choisir le niveau de violence dans lequel je vais devoir entrer selon les situations. Et oui, certaines nécessitent de déployer des outils dangereux pour l’adversaire, et c’est pour ces cas extrêmes que l’on se prépare. Pourtant, d’autres cas ne le nécessitent pas, et entrer en combat est toujours un risque pour soi, peu importe le niveau ou la maîtrise que l’on croit avoir.
Définissez bien vos objectifs de formation avant de choisir une discipline, si l’objectif est la self-défense.
Merci de m’avoir lu, et bonne pratique à nous !