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Peut-on apprendre à se défendre efficacement en quelques leçons ?

Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu

Pourquoi j’écris cet article, ou plutôt pour qui ?

Cet article est une réponse à toutes les personnes qui voudraient apprendre à se défendre, acquérir un minimum de confiance en elles, d’assurance et de techniques pour parer à l’éventualité d’une agression, sans se retrouver à faire une carrière au sein des arts martiaux.

Pour commencer à avoir un semblant de maîtrise, il faut en général pratiquer 4 à 5 ans minimum, et 10 ans pour commencer à acquérir des outils vraiment efficaces. Car la réalité de l’enseignement des arts martiaux, c’est ça. Moins si l’on est très doué, mais sinon, pour la personne lambda, c’est un minimum de 3 ans pour ne plus avoir l’air d’un piquet tout raide dans sa salle d’entraînement.

Lorsque j’étais jeune, j’étais fascinée par les combats à l’écran : les combattants avaient l’air d’avoir tellement de techniques et de maîtrise qu’ils paraient tous les coups avec aisance. Je me disais à l’époque : « C’est ça que je veux savoir faire, ou plutôt savoir être ! »

Je voulais et veux pouvoir me défendre quelle que soit la situation.

Plus tard, j’apprendrais et je participerais à des démonstrations où, oui, je maîtrise toutes ces techniques impressionnantes que l’on peut voir dans des combats « classiques » sur les écrans, mais malheureusement, ce sont des démonstrations. Ce n’est pas mon instinct qui me guide sur toutes ces magnifiques réponses tactiques idéalement placées pour les deux combattants, c’est une chorégraphie.

J’ajouterai même, pour briser l’illusion, que parfois nous adaptons nos attaques ou nos défenses afin de faciliter la tâche du partenaire dans son enchaînement et de prendre plus d’envolée, ou pour qu’il puisse mieux peaufiner l’attaque suivante. Bien sûr, c’est un secret de Polichinelle, et pourtant subsiste dans l’inconscient… Est-ce possible ?

Je m’imaginais, à mes débuts, fermant les yeux et bloquant une attaque que j’aurais « sentie » venir. Maintenant, je sais que ce que je croyais être de l’extrasensoriel est une extrême attention à son environnement, une analyse quasi instantanée de l’ambiance, des mouvements, de la tension dans une situation. Cela s’apprend en grande partie. Ce sont simplement des sens développés.

N’importe qui peut faire tout de suite la différence entre une compétition d’art martial et une démonstration, pour peu qu’on ait vu les deux. Lors de la compétition, c’est beaucoup plus brouillon : les attaques d’un même combattant, si on suit sa carrière, sont souvent les mêmes, et pour cause…

Donc, peut-on se défendre en quelques leçons ?

Eh bien oui… Et non !

Je m’explique, bien entendu…

Non, parce que rien ne remplace les heures d’entraînement, et je défie quiconque de me prouver le contraire. Les heures passées à répéter encore et encore un mouvement, une frappe, un placement, sont autant de précision et de finesse dans l’accomplissement du geste. Avant qu’un geste soit automatisé, il faut créer des chemins neuronaux, c’est-à-dire des réponses automatiques suffisamment inscrites dans le schéma corporel pour que le geste devienne une réaction pratiquement incontrôlable.

Pour exemple :

Je déconseille de « surprendre » en faisant peur, par exemple par derrière, pour rigoler, un spécialiste d’art martial, parce que c’est très difficile pour nous de ne pas réagir rapidement en contre-attaquant violemment. Nous nous sommes entraînés des heures entières à ce que notre corps réagisse au plus vite aux stimuli de surprise et de déstabilisation de l’environnement. Nos schémas neuronaux, c’est-à-dire nos réponses acquises, sont l’attaque directe et sans sommation, si nous sommes correctement formés. J’ajouterai que plus nous sommes effrayés, plus la surprise est déroutante, plus cette peur, cette émotion, est proportionnelle et se transforme en une puissante contre-attaque.

Mais commençons par le début :

Prenons un exemple : lorsque quelque chose arrive sur nous avec rapidité, comme une balle ou un ballon, le premier chemin neuronal que nous avons créé, c’est celui de nous en protéger. La première fois, nous avons pris la balle en pleine tête, sûrement plusieurs fois d’ailleurs, et puis nous avons fini par mettre les mains pour nous protéger. C’est le premier chemin neuronal que tout le monde acquiert. Ceux et celles qui ont eu la chance de bénéficier d’un apprentissage d’activités de jeux de balle, par des professionnels ou en autodidacte, ont appris, à force de répétitions, à aller contre cet instinct de protection et à attraper la balle, la faire rebondir dans le cas du volley, ou la frapper avec un objet comme une raquette ou une batte. Toutes ces actions sont des chemins neuronaux, c’est-à-dire des réactions devenues « spontanées », inscrites dans notre corps pour répondre à cette situation.

Dans ce processus d’apprentissage entrent évidemment en compte tout un tas de variables génétiques et émotionnelles qui font la difficulté ou l’aisance de cet apprentissage, pourtant je ne crois pas que quiconque puisse en faire totalement l’économie.

En ce qui concerne les arts martiaux, en quoi consistent ces répétitions ? Partons d’un simple coup de poing, sans préciser lequel. Que faut-il mettre en œuvre ?

À cela s’ajoute la réaction de la personne, qui se divise en trois réactions de base :

C’est à ces réactions que l’on enchaîne nos propres actions, les évitements, les contres, etc. Cette phrase est très importante pour le oui que je développerai dans quelques instants.

On peut raisonnablement penser qu’il faut être un minimum musclé pour que le coup ait de l’impact, cependant cela peut être compensé en partie par un objet. Il existe de petits objets anodins, en bois par exemple, qui augmentent considérablement l’impact d’une frappe, sans parler des accessoires ultraviolents que l’on peut trouver sur le marché et que l’on peut porter afin de faire de notre poing quasiment une arme blanche. Mais revenons à notre simple coup de poing.

Cette précision du « coup de poing » doit être effective sur une quantité d’actions suffisante pour pouvoir être capable de se défendre. C’est-à-dire qu’on doit pouvoir, sans contrainte, pratiquer ce coup de poing et atteindre sa cible avec force, vitesse et précision jusqu’à 90 % du temps. J’entends par « sans contrainte » le fait qu’il n’y ait pas de contre, d’esquive, juste du placement, du positionnement, etc.

Et ça, c’est incontournable pour envisager un oui sur le sujet !

La bonne nouvelle, c’est que très peu de personnes maîtrisent réellement une multitude de coups. Personnellement, je peux en démontrer beaucoup dans des conditions proches du réel, c’est vrai, mais c’est surtout que j’y suis préparée. En réalité, il s’agit de démonstration. Dans la réalité, je vais utiliser mes actions favorites, surtout si je me sens en danger, et là, je n’en ai pas à foison ! Comme tout spécialiste, je tourne autour de celles qui sont devenues des réflexes pour moi, celles que je maîtrise et que je suis capable de faire dans à peu près n’importe quelle situation, pourvu qu’elles soient adaptées bien sûr. Ce qui fait que j’en ai sélectionné, plus ou moins volontairement, quelques-unes qui répondent à un maximum de situations, soit particulièrement adaptées à mon gabarit, soit à mon aisance physique pour telle ou telle action, ou encore les deux à la fois.

Alors comment ?

Sans entraînement, c’est impossible, soyons clairs. Mais mon expérience m’a prouvé que l’on peut sélectionner quelques réponses, quelques réactions, pour répondre à 80 % des attaques. Je m’explique tout de suite :

On peut partir sur une base simple de situation : l’attaque peut venir de devant, de derrière, de côté, d’en dessous ou de dessus. Le lieu peut être en extérieur ou en intérieur, dégagé ou obstrué.

Je vais sélectionner les réponses en milieu obstrué, car évidemment, si je peux agir en milieu encombré, je le peux en milieu dégagé. Ceci est une première sélection.

Ensuite, je vais sélectionner des réponses très larges, plutôt devant ou derrière, car dessus ou dessous est plus rare : dessous, mon adversaire est au sol ; dessus, c’est moi qui suis au sol. Qu’il me saute dessus d’un étage est peu probable.

Les attaques de côté, je peux les transformer en attaques de face grâce à mon déplacement, et mon nouveau positionnement engendrera la réponse.

Ainsi, j’optimise à la fois mon placement, la distance et mon ancrage, sur un travail en amont. Travail qui doit être parfait, ou quasi, sinon rien derrière ne fonctionnera si je n’ai pas beaucoup de ressources techniques. La répétition à ce niveau est incontournable et ne nécessite pas de puissance.

Sur une base de travail comme celle-là, je n’ai plus qu’à choisir, disons, 3 actions qui atteignent chez l’adversaire des points dits « vitaux » et qui vont, s’ils sont touchés, mettre mon adversaire dans une situation où il ne pourra plus m’attaquer. Et je vais travailler ces actions jusqu’à ce qu’elles soient instinctives. Je vais répéter, répéter et répéter encore. Qui a vu les « Karaté Kid » se souvient de la façon dont Maître Miyagi inscrit les schémas neuronaux, les mouvements de blocage et d’esquive chez le jeune homme.

Ainsi, le principal devient l’esquive des attaques et quelques réactions fortes, impactantes et puissantes.

Rien ne sert de connaître 100 attaques ou 100 contres si on ne sait pas les maîtriser. C’est souvent ce que je n’ai pas apprécié dans les cours que j’ai reçus. Nous recevions beaucoup trop de techniques et trop peu de temps pour les maîtriser. Ceci est inutile pour se défendre ; ceci est utile pour augmenter son bagage technique, pour peu qu’on ait l’occasion de le travailler.

Je reconnais volontiers le côté rébarbatif que peut susciter la technique, et j’ai rencontré tant d’élèves déçus parce qu’au bout de 3 cours, ils n’étaient pas capables de faire des prouesses. Alors, pour pallier cette lassitude, lors des cours, on varie et varie encore les enseignements techniques. Oui, cela est distrayant, mais ce n’est pas efficace pour se défendre.

En conclusion, je répondrai oui, on peut apprendre à se défendre en quelques leçons, mais pas en « quelques » heures.

Il y a plusieurs façons de faire :

J’aimerais partager ces connaissances. Je mettrai un lien vers les vidéos sur ma page.

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Merci de m’avoir lu.