Qu'est-ce que la douleur, la peur, et comment les gérer ?
Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu
Aujourd'hui, le monde est en confinement et les échanges deviennent plus concrets, plus profonds entre les êtres. Cela nous fait beaucoup de bien à tous et à toutes, je crois…
La douleur
J'échangeais avec une amie, il y a quelques jours, sur une douleur qu'elle avait au dos, au coccyx plus exactement. Cela fait des années que nous échangeons sur ce genre de thème, la douleur physique… Je lui partageais mon expérience une fois encore, et je lui affirmais, comme la science tend enfin à le démontrer, que le mouvement régénère et que l'inactivité, abusivement appelée « repos » dans certains cas, n'est pas la solution à beaucoup, beaucoup de pathologies.
Je vais d'abord définir ce que j'entends par repos et par activité.
Parfois, les cellules doivent se reconstruire, et pour cela, le corps doit être dans des conditions qui lui permettent de reconstituer les parties lésées. Il ne faut donc pas mettre le corps dans des situations extrêmes pour lui, car les parties en construction ne sont pas assez consolidées. Cela ne veut pas dire qu'il faille rester couché, alité, à ne pas bouger du tout, bien au contraire. Cela correspond au repos, c'est-à-dire faire des choses en écoutant les signaux de douleur, les alertes de notre corps. Nous débattions justement de ce sujet avec mon amie, et c'est elle qui m'amène à écrire cet article ce matin, parce qu'elle m'a exprimé ceci :
« C'est toujours pareil, certains disent que la douleur est un signal d'arrêt et d'autres qu'il faut aller au-delà… »
Que faire de ces contradictions ?
En réalité, il n'y a aucune contradiction…
Le corps va émettre des signaux lorsque les actions que nous allons produire nécessiteront notre attention. C'est le cas également pour les inflammations.
La douleur est un signal qu'il faut interpréter !
Le signal est simple : ici, ou quand tu fais ceci ou cela, la machine ne fonctionne pas correctement !
Ceci est valable pour tout dans le corps, pour toutes les douleurs, qu'elles soient physiques ou émotionnelles.
Je me suis blessé ou je suis blessé : un signal, une douleur m'alerte. Je suis jaloux, je suis vexé, je me suis fait une entorse ou j'ai enflammé mon tendon : un signal m'alerte, j'ai mal, je suis inconfortable, suivant l'intensité du signal.
Lors d'une douleur physique, la douleur est un signal très facile à interpréter, car souvent localisée. Lors d'une douleur émotionnelle, c'est souvent plus compliqué, car on ne ressent pas le même genre de douleur. Pourtant, de la même façon, la douleur va s'intensifier suivant le préjudice ressenti.
Petite digression : je parle bien là de préjudice ressenti et non pas de préjudice causé, car je ne rends volontairement pas une autre personne responsable du ressenti de quelqu'un. Je prends rapidement un exemple : pour une personne qui souffre de jalousie, son ou sa partenaire sera responsable de cet état par un comportement qu'elle jugera inadapté. Ce peut être le cas, comme ce peut être uniquement le fait d'une imagination débordante et fertile, de la peur d'être trompé. Ce que nous ressentons nous appartient à 100 %, ce n'est pas causé par l'autre. C'est le résultat d'une succession d'expériences de vie qui nous ont amenés à ressentir telle ou telle émotion lors de telle ou telle action de notre entourage, proche ou lointain, ou dans tel ou tel environnement.
Ceci précisé, le problème reste entier à ce stade de l'article : une fois le signal de douleur ressenti, analysé comme tel, qu'est-ce que cela signifie ?
Le signal est très simple :
Agis ! Fais quelque chose ! Le signal dit : une certaine action a fait dysfonctionner l'organisme, celui-ci mérite ton attention, là, là ou là. C'est-à-dire au niveau physique ou au niveau émotionnel.
Je me suis blessé physiquement à tel endroit : je dois poser mon attention dessus et faire des actions douces qui vont permettre la régénération de la partie lésée. La douleur sera là, car la douleur ne signifie pas « stop ! » mais « attention ! ». La douleur va être présente, puis s'adoucir, soit au fil de l'action, soit au fil des jours. Si la douleur ne diminue pas ou s'intensifie, c'est que l'action n'est pas adaptée, ou qu'elle est trop forte par rapport à la lésion. Parfois, la reprise est très, très douce. Ne pas travailler dans une légère douleur lors d'une lésion, c'est donner le message au corps que nous sommes d'accord pour ne plus jamais faire cette action, et le laisser verrouiller cette action par protection.
Nous pouvons, et nous devons, enseigner et rééduquer notre corps pour lui apprendre, ou lui réapprendre, que ce geste peut être fait avec précaution. Jusqu'à ce que le geste soit assez fluide, les muscles assez toniques, pour pouvoir effectuer cette action sans douleur, et donc sans attention !
Voilà le signal de la douleur !
Pour les douleurs émotionnelles, c'est la même chose. Je peux rester dans ma douleur, ma jalousie, ma vexation, ma peine, ma blessure, et me dire que je ne laisserai plus jamais quelqu'un me faire ressentir ceci ou cela, et par là bloquer l'accès à mon émotion, ne plus donner libre accès à certaines de mes émotions de peur d'être blessé de nouveau. Je peux aussi rééduquer mes émotions.
Un signal me dit que cette situation, cet événement, cette personne a généré chez moi un malaise, une douleur, un inconfort émotionnel, ou carrément une remise en cause complète de ma relation au monde, à l'autre ou de qui je suis.
Cette douleur est un message qui me dit : agis ! Change quelque chose, la situation n'est pas bonne pour toi, tu n'es pas en paix, pas en joie, il faut faire quelque chose !
Cela peut être de tout ordre : la douleur, l'inconfort est un message. Comme pour la douleur physique, il faut tenter quelque chose, doucement. Que ce soit parler à la personne concernée ou à un professionnel, méditer, ou analyser ce qui nous a amenés à ressentir les choses de cette façon.
Mettre en place quelque chose qui nous permette de nous sentir mieux, jusqu'à la disparition de la douleur.
Pour répondre à mon amie, qui se demandait comment savoir à quel moment la douleur nous dit « stop ! » et à quel moment elle nous dit « j'apprends doucement quelque chose de nouveau ! » :
Eh bien, je dirais que si nous avons passé notre temps à ignorer les messages du corps, c'est très compliqué. Le message doit alors être très intense pour être entendu, et forcément très tardif, car le corps a bien compris que la personne qui vit dedans ne se préoccupe pas de son bon fonctionnement. Les messages ne sont plus délivrés dès le début des symptômes, mais seulement au moment où le dysfonctionnement est devenu très problématique.
Dans tous les cas, il faut se rééduquer à entendre le message comme tel, ne pas en faire un ennemi, ne pas générer d'émotions négatives contre la douleur, quelle qu'elle soit, travailler sur son corps ou son âme très doucement, et attendre la réponse !
Est-ce que cette action a amélioré ou aggravé mon état ?
Voilà la réponse, un peu tardive, que je peux lui faire !
La douleur implique une action à faire ! La douleur va déterminer quelle action est bonne ou pas, c'est un magnifique outil ! Et si la douleur était agréable, jamais nous ne ferions quoi que ce soit ! C'est parfait qu'elle soit désagréable !
Et quel rapport avec la peur, me direz-vous ?
La peur
Le fonctionnement de la peur est exactement le même : c'est un signal !
Ce signal te dit : « Attention, danger ! La situation nécessite toute ton attention ! »
Trois réactions ont été dénombrées face à la peur :
- La fuite
- L'agressivité, le combat
- Le fait de rester figé, faire le mort, ne pas bouger
Ces réactions ont été observées par de nombreuses études, et chacun d'entre nous a une réaction privilégiée face à la peur. Celle-ci peut varier selon le type de situation qui génère la peur, mais le message reste le même.
Je précise que rester figé est une réaction tout à fait pertinente dans certains cas. Elle nous a été transmise par nos ancêtres : lors d'une attaque de fauve, par exemple, il fallait un parfait sang-froid pour rester figé afin de ne pas exciter le prédateur. Je n'ai pas besoin d'expliquer la nécessité de réagir par la fuite ou l'attaque, je pense que chacun et chacune a en tête une situation qui la nécessite.
Pourtant, ces comportements peuvent ne pas être adaptés. En effet, il y a peu de fauves dans notre société qui nécessitent de rester figé, de même qu'agresser le type qui nous a fait une queue de poisson, en le pourchassant et en l'insultant, n'est pas forcément la réaction la plus productive.
Mais peu importe, je ne suis pas là pour juger du bien-fondé de nos réactions, mais simplement pour expliquer qu'elles peuvent, elles aussi, être rééduquées si elles ne nous apportent pas satisfaction.
La peur nous informe d'un danger, elle nous dit d'agir ! De changer quelque chose dans notre comportement, de changer de lieu, ou tout du moins d'être attentif à ce qui se passe autour de nous ou à l'intérieur de nous.
De très bons exercices de respiration permettent de contrôler notre peur et notre façon de réagir, de ré-agir, c'est-à-dire d'agir une nouvelle fois sur une situation semblable. Si nous ré-agissons toujours de la même façon et que cela ne nous convient pas, nous pouvons, et même nous devons, nous rééduquer !
En conclusion
Ces messages, la douleur ou la peur, sont cruciaux pour notre survie et, bien que désagréables la plupart du temps, ce sont de très, très bons guides qu'il ne faut ni ignorer ni détester. Il faut comprendre leur langage et en faire de précieux alliés pour vivre.
J'ajouterai que les émotions agréables, comme les sensations agréables, nous envoient exactement le même genre de messages, pour nous signaler que ceci ou cela est bon pour nous et qu'il faut mettre en place des choses pour renouveler ces sensations. (C'est bien là le problème de l'alcool ou de la drogue en général, qui perturbent les messages initiaux de l'organisme.)
Comprenons nos peurs et nos douleurs, et nous aurons de moins en moins affaire à elles !