Comment garder son calme en toutes circonstances
Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu
Le secret, c'est la respiration…
Il y a plusieurs sortes de respirations, et attention, je ne parle pas de ventilation. Les médecins parlent de ventilation : c'est le terme qu'ils emploient pour ce que nous appelons fréquemment la respiration. Mais qu'est-ce que la respiration ? C'est l'action de respirer, alors que la ventilation, c'est l'action de faire circuler de l'air de façon mécanique, c'est-à-dire sans intention, sans conscience.
Lorsque l'on ventile, le moindre changement physiologique se ressent : le stress, la maladie, certains problèmes physiologiques. On ne contrôle pas la ventilation. C'est pourquoi, en cas de forte frayeur, le cœur s'emballe, l'adrénaline est sécrétée et la ventilation s'accélère, apportant plus d'oxygène (carburant des cellules) aux muscles via les poumons, afin qu'ils puissent réagir rapidement. Pourtant, en cas de frayeur, comme une agression, qu'est-ce qui se passe ?
Il y a trois catégories de personnes, qui réagissent toutes trois différemment. De quelle catégorie êtes-vous ?
Lorsqu'une personne est agressée, l'effet de surprise, la peur, induit une décharge d'adrénaline. C'est comme une stimulation forte qui nous fait être alerte rapidement : les muscles sont prêts à agir, mais le cerveau, lui, ne l'est peut-être pas.
- Vous pouvez rester pétrifié, incapable du moindre mouvement, haletant, le souffle court : vous vous mettez à hyperventiler, c'est-à-dire à apporter trop d’oxygène aux muscles. C'est le cas de beaucoup de gens : le cerveau ne fonctionne plus, il bugue, tout ce que vous avez appris ne sert à rien, car vous êtes incapable du moindre mouvement, vous êtes tétanisé. Pas de honte à avoir, tout ceci est naturel !
- Vous retenez inconsciemment votre respiration sous le choc : c'est une apnée inscrite génétiquement dans notre cerveau en cas de danger. Bien utile à l'époque où l'on chassait le mammouth, un peu moins utile à notre époque, voire handicapante. Là, le manque d'oxygène vous empêchera de prendre la meilleure décision.
- Vous maîtrisez la respiration, soit de façon innée, soit par un court et simple apprentissage. À ce moment, vous êtes alerte, votre respiration est contrôlée et vous êtes aux aguets. C'est évidemment la situation idéale.
Trois exercices de respiration pour s'entraîner à se maîtriser
Le plus simple, c'est de commencer par « la cohérence cardiaque ». C'est très simple, il suffit d'inspirer la même durée de temps que l'on expire. Par exemple : on inspire durant cinq secondes, on expire durant cinq secondes, cela durant cinq minutes. Simple et efficace !
Si l'on fait cet exercice durant 5 minutes trois fois dans une journée, notre cohérence cardiaque est accordée pour trois jours. Si on fait cet exercice trois jours d'affilée, trois fois cinq minutes par jour, la cohérence cardiaque est maintenue durant 3 semaines.
Mais qu'est-ce que la cohérence cardiaque exactement ?
Peu connue en France, c'est un concept né aux États-Unis en 1995, qui permet de gérer le stress et l'anxiété par la respiration, et bien d'autres problèmes encore, comme les maladies cardiovasculaires.
Pratiquez cet exercice trois jours toutes les trois semaines, et votre vie changera radicalement ! Voici deux liens pour pratiquer, dont l'un à télécharger ; chaque pratique dure 5 minutes :
https://www.youtube.com/watch?v=bM3mWlq4M8E
https://www.pascal-gouvernet.com/coherence-cardiaque
Alors, en quoi cet exercice est-il utile pour se défendre, particulièrement ?
Eh bien, mis à part que c'est utile pour absolument tout dans la vie, c'est utile pour pouvoir exprimer ses techniques d'autodéfense, de karaté, de krav-maga, de ju-jitsu, de ce que vous voulez. Vous pouvez être le meilleur de votre discipline dans le dojo ou la salle de sport. Dehors, sous l'effet de la surprise, hors d'un contexte de combat, avec vos trois enfants et votre mamie à côté, ce ne sera pas le super combattant ou la super combattante qui se fera agresser, mais la mère de famille, le fils ou le père de famille. Comment y remédier ?
Simplement en pratiquant les petites astuces que je donne dans mes articles : être en conscience, savoir où on est, qui on est, c'est-à-dire comprendre si on est dans un environnement dans lequel on se fond ou pas, se placer dans l'espace, repérer le danger avant en étant alerte, et respirer pour pouvoir garder son calme. Bien sûr, l’expérience joue également, mais pour en avoir, il faut justement être en « clé de SOL »* le plus souvent possible.
*Voir l'article La première chose à faire pour se sentir en sécurité.
On peut penser que c'est une contrainte de vivre de cette façon, que se poser trop de questions toute la journée est « une prise de tête », qu'il faut se laisser porter sans trop réfléchir… À cela, je réponds simplement qu'il ne viendrait à l'idée d'aucun marin de laisser le vent diriger son bateau au gré des courants, changeant de cap à chaque changement de météo. C'est la même chose pour nous : pourquoi errer dans notre propre vie, notre propre corps ? Il s'agit simplement d'être présent et pleinement conscient de ce que nous faisons, d'où nous sommes, de qui nous sommes et de pourquoi nous sommes là. Dans la vie, à chaque instant peut surgir un danger, un problème, ou pas. Pourquoi ne pas s'y préparer ? Pourquoi penser que ça ne nous arriverait pas ? Comment imaginer le capitaine d'un bateau échoué expliquer qu'il pensait qu'il ferait toujours beau et que la mer serait propice, et que c'est pourquoi il n'avait pas pris le matériel de secours… Impensable, n'est-ce pas ?
Quelques petites attentions simples, comme regarder la météo avant de prendre la mer, peuvent changer le cours du voyage. Pourquoi s'en priver ?
Merci de m'avoir lu…