La première chose à faire pour se sentir en sécurité
Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu
Avant d’étudier à fond le krav-maga, ou divers arts martiaux qui demandent souvent des années de pratique, voici quelques conseils qui restent valables pour les pratiquants comme pour les novices de l’autodéfense.
Quelle que soit la situation, que vous soyez seul(e), en couple ou entre amis, la première chose à faire, avant même que l’agression commence, de quelque niveau qu’elle puisse être (c’est-à-dire visuelle, verbale, physique sans contact ou bien, au final, physique avec contact), c’est d’étudier, d’analyser le lieu, le contexte :
Êtes-vous seul(e) ?
Êtes-vous dans un endroit isolé ?
Ou au contraire dans un endroit avec du monde ?
Où sont les sorties ?
Ai-je la possibilité de fuir ?
Cela peut paraître du bon sens, et ça l’est lorsque l’on lit cet article tranquillement chez soi ou dans un contexte relativement confortable, mais dans le stress de l’action, ça ne l’est pas du tout.
Il y a beaucoup d’avantages à anticiper l’agression sans passer pour une personne paranoïaque : c’est le premier geste d’autodéfense.
La première raison, c’est simplement que l’on est attentif(ve) et vigilant(e).
On sort un peu de sa bulle pour percevoir des dangers potentiels et être prêt(e) à réagir de la façon la plus appropriée possible, c’est-à-dire sans panique et, si possible, sans conflit.
Cela améliore notre conscience de qui nous sommes, où nous sommes et ce que nous faisons, parce que nous sommes là en conscience. Sans générer de peur inutile ni d’excès de confiance, on prend conscience que l’on entre ou non dans une zone à risque, ou simplement que notre instinct nous alerte d’être prudent(e).
Une fois l’alerte reçue, on peut se mettre en état de vigilance, c’est-à-dire être prêt(e) à agir. Être prêt(e) à agir peut simplement signifier être prêt(e) à courir, à crier, à se cacher… Pas besoin d’être féru d’art martial pour appliquer la première règle de survie, avant même de connaître quoi que ce soit !
Concrètement, comment je procède personnellement :
C’est très simple.
Je ne m’assois pas, sauf obligation, dos à une porte ou à une ouverture, dans un restaurant ou dans un lieu public en général, et même chez les gens. Je me place, si possible, à l’endroit où j’ai la meilleure vue possible sur mon environnement.
Je repère les sorties les plus proches lorsque j’entre quelque part.
Dans un gymnase, une salle, un stade, une salle de spectacle, un bureau, je me place à un endroit qui concilie la qualité de la place (pour le spectacle, l’interlocuteur, etc.) et ma sécurité. Bien sûr, seulement si les conditions le permettent : il n’est pas question ici d’être fanatique et d’imposer à un groupe ou à quiconque de se placer dans des conditions qui créent trop de contraintes. Il s’agit là d’une simple prise de conscience. Mais elle a son importance. Pourquoi ?
Simplement parce qu’elle permet d’anticiper, et donc le cerveau aura prévu quelque chose que vous pourriez suivre d’instinct.
L’étude du terrain est la première action à faire selon L’Art de la guerre, de la tradition chinoise.
Trois questions simples nous renseignent :
Qui suis-je ? Par rapport aux personnes qui m’entourent. Comment je me sens avec ces personnes ?
Où suis-je ? Est-ce que je connais cet endroit ? Quelle impression me fait-il ? Où sont les sorties ?
Et enfin : qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je suis venu(e) chercher ?
Cela peut sembler difficile au premier abord de se poser ces questions-là, mais en réalité, ce ne sont que des schémas neuronaux à mettre en place, c’est-à-dire des habitudes à ancrer.
Voici un petit truc, un petit moyen mnémotechnique : il suffit de se souvenir de :
La clé de SOL : Sujet : moi. Objet : pourquoi suis-je là ? Lieu : où suis-je ?
Il faut 21 jours pour ancrer une habitude, pour créer un nouveau schéma neuronal. C’est très simple et rassurant.
Une fois ce schéma établi et cette habitude ancrée, on a déjà beaucoup moins de risques d’avoir des ennuis. D’abord parce qu’on est prêt(e) et vigilant(e), ensuite parce que vous n’aurez plus le profil de « la victime idéale ». Vous serez dans le même état de vigilance que les professionnels, comme les voleurs à la volée par exemple. Vous vous verrez mutuellement, et il ne vous choisira pas comme victime, parce qu’il ne pourra pas vous surprendre. Cela générera comme une confiance en vous, une certaine assurance, et cela vous évitera beaucoup de désagréments.