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Les zones à viser en priorité pour se débarrasser d'un agresseur

Par Nathalie Scharf, 4e dan de judo ju-jitsu

Lorsque l’on pratique les arts martiaux, il y a des règles, et pour cause : certaines zones du corps sont extrêmement fragiles, et un coup porté à certains endroits peut être extrêmement douloureux, mettre KO, voire plus encore.

Je pratique les arts martiaux depuis plus de 25 ans parce qu’en tant que femme, je veux jouir de mon entière liberté d’aller où je veux sans être accompagnée, pour ne pas dire escortée. Je ne pratique pas le krav-maga et autres activités de défense ultra-violentes, parce que je n’aime pas la violence et que l’idée de frapper quelqu’un me révulse au premier abord. Pourtant, il faut bien admettre que nous vivons dans un système de plus en plus insécure. Je n’en veux à personne de faire ce qu’il croit bon pour sa survie, mais je ne veux être la victime de personne. C’est pourquoi, par prévention, et parce que mon expérience me prouve que mieux on sait se battre, moins on a à le faire, je suis devenue une experte de la self-défense et je côtoie des experts de la self-défense.

Le problème, et en même temps l’avantage, de la self-défense codifiée en général, c’est la règle :

Pour s’entraîner en toute sécurité et pour pouvoir organiser des compétitions, il faut des règles qui préservent les pratiquants. Pour ce faire, on va interdire les actions jugées trop dangereuses et préserver des zones dites « à risque létal ». Les pratiquants vont pouvoir s’exercer « sans risque ». Je pense que tout le monde comprend bien le paradoxe de la pratique lorsque l’on se trouve dans une situation de danger réel : on n’a pas les bons réflexes, parce que l’on est « programmé » pour protéger « l’adversaire ».

Que se passe-t-il réellement dans les dojos et salles d’entraînement ?

On y côtoie des amis plus ou moins proches, avec lesquels on partage une activité de loisir ou de compétition. Mais bien entendu, il n’est pas question de blesser les partenaires d’entraînement, et le maître, l’entraîneur, le professeur, nous enseigne son savoir, qu’il divulgue au fil des années, permettant aux pratiquants de progresser dans la discipline.

Est-il question réellement d’efficacité ?

Il est question de maintenir l’activité et de protéger les adhérents de la section. C’est normal et c’est la loi. J’ai enseigné pendant plus de dix années dans divers dojos et pour tous les publics, et c’est évidemment ça que je faisais, sans penser à mal évidemment : j’enseignais ma discipline, mon savoir-faire, et je délivrais donc des grades de progression correspondant au niveau d’habileté technique dans la ou les disciplines que j’enseignais. Il n’est d’ailleurs pas question de faire monter en grade un combattant puissant qui ne serait pas technicien également. On ne peut pas donner une qualification, une ceinture, un dan, à un pratiquant uniquement parce qu’il serait très fort sur une seule technique. C’est tout simplement impensable !

Tout cela pour bien faire comprendre qu’il y a une grande différence entre un pratiquant d’art martial, par exemple, ou de boxe, quelle qu’elle soit, et un pratiquant d’une discipline comme le krav-maga ou le wing chun (le kung-fu de Bruce Lee). Car ces activités ont, l’une, l’absence de règles, et l’autre, bien qu’ayant des règles minimalistes en termes de sécurité, porte les coups, ce qui les rapproche l’une et l’autre (et ce ne sont pas les seules) de la réalité d’une agression. Pourtant, elles aussi ont besoin d’adhérents qui restent chaque année remplir leurs salles d’entraînement.

Personnellement, je n’aime pas les combats violents et je pars du principe que je ne dois recevoir aucun coup. C’est pour cela que je choisirai toujours la fuite plutôt qu’un combat. Mais il peut arriver, et il faut l’envisager, que l’on ne puisse pas fuir, que l’on ne puisse pas éviter l’affrontement. Alors évidemment, les règles de compétition deviennent obsolètes, et il y a fort à parier que d’avoir appris toutes ces années à retenir ses coups, toutes ces années à respecter des règles de sécurité de l’adversaire, toutes ces années à respecter des règles absurdes hors du dojo, empêchera la personne de se défendre avec son plein potentiel, car elle sera en compétence inconsciente* sur des techniques inadaptées (j’explique la compétence inconsciente plus bas dans l’article). Le stress, le contexte, le sol, la tenue sont autant de facteurs perturbateurs également. Je discutais ce week-end avec deux autres maîtres de la self-défense, et nous riions d’avoir tant appris, tant forcé, pour au final n’utiliser que l’essentiel. Certes avec maîtrise, avec une très grande précision, mais pourtant si peu au final.

Alors, quelles sont ces fameuses zones ?

Eh bien, il y a 3 zones principales et plusieurs endroits extrêmement douloureux qu’il m’est impossible de décrire sans schéma, bien sûr. Néanmoins, je peux parler des zones.

La première, que tout le monde connaît, c’est la partie génitale.

Aussi bien chez l’homme que chez la femme, cette zone est extrêmement sensible. Lorsque vous approchez cette zone, l’agresseur, d’instinct, se protège. Mais attention : soit il faut attaquer cette zone pour faire diversion et avoir prévu la suite, car si ça ne fonctionne pas, l’agresseur sera furax ! Je veux dire par « prévoir la suite » que ce peut être une diversion pour se dégager et fuir, ou pour attaquer ailleurs, car c’est l’endroit le plus accessible sur le moment. Soit il faut attaquer fort et fermement, avec l’intention de faire mal. Ces zones sont si sensibles qu’il faut peu pour stopper l’assaillant ; en revanche, trop peu alimentera sa colère contre vous.

La deuxième zone (je vais de bas en haut), c’est la gorge.

Lorsque l’on frappe la gorge, c’est incontrôlable, on ne peut plus rien faire, c’est la panique. On manque d’air, on tousse, on se tient la gorge. L’idéal, c’est de viser le petit creux en bas de la gorge. Mettez un doigt dedans doucement et vous allez tout de suite sentir la gêne, et la sensation de gêne perdurer un certain temps. En touchant plus fortement, lorsque la glotte touche l’arrière de la gorge, cette sensation est affreusement désagréable. Je ne conseille pas de tester sans raison, c’est vraiment douloureux et très angoissant.

Enfin, la 3e zone en comprend en fait 2, car il s’agit des yeux.

Inutile de préciser la fragilité des yeux. Je pense que chacun et chacune, en lisant cet article, ressent instantanément la réaction de dégoût et de peur que l’on peut percevoir à l’idée de se faire attaquer les yeux.

L’avantage d’attaquer les yeux est que l’agresseur perd l’usage de la vue (simplement parce qu’il met ses mains devant ses yeux en cas de douleur, par exemple). Cela permet de fuir.

Évidemment, s’il y a plusieurs agresseurs, la situation se complique, et je ne vais pas dire que ça n’arrive pas, ça peut arriver… Les critères de base restent les mêmes :

Trois zones à privilégier en cas d’affrontement physique, et si cela est strictement nécessaire :

Attaquez fortement :

De n’importe quelle façon, avec force, conviction et fermeté. Bien sûr, dans ces cas-là, on peut perdre ses moyens, et c’est malheureusement souvent le cas. On n’a pas le temps de penser ! C’est pourquoi il faut répéter et intégrer des réflexes.

Il faut passer de l’incompétence inconsciente à la compétence inconsciente. C’est-à-dire réagir et faire sans réfléchir. Comme vous le feriez pour faire vos lacets : vous ne réfléchissez pas à comment faire vos lacets, n’est-ce pas ? Vous constatez qu’ils sont défaits, vous faites votre nœud de lacet sans réfléchir, comme beaucoup, beaucoup de choses dans votre vie. Prenons l’exemple du lacet :

Lorsque vous étiez petit, votre mère ou votre père faisait vos lacets pour vous. Vous n’aviez donc aucune conscience de l’intérêt de faire vos lacets, la notion même de faire ses lacets n’existait pas, peut-être à peine celle de chaussure. C’est l’incompétence inconsciente :

Vous ne savez pas que vous ne savez pas !

Puis vous commencez à trébucher en marchant sur vos lacets et, constatant la gêne, vous courez vers un adulte pour qu’il gère ce problème pour vous. Vous passez donc à l’incompétence consciente :

Vous savez que vous ne savez pas !

Enfin, vous êtes assez grand pour comprendre et vos parents vous apprennent à faire vos lacets. Lentement, et en y pensant, vous faites le nœud, la première boucle, le tour, la deuxième boucle, etc. Vous passez donc à la compétence consciente, il vous faut de la concentration pour réussir votre nœud de lacet : vous êtes alors dans une phase de compétence consciente !

Vous savez, mais vous devez vous concentrer !

Enfin, vous avez répété et répété maintes fois vos lacets, vous ne pensez plus du tout à comment on fait un lacet, vous faites simplement votre lacet en n’y accordant que très peu d’attention, le strict minimum : *vous êtes en compétence inconsciente !

Vous n’avez pas à penser pour faire, pour agir : vous faites, simplement !

C’est comme cela que vous devez être enseigné, avec quelques techniques efficaces de défense. Inutile de connaître 50 actions, quelques-unes suffisent, mais elles doivent être des réflexes :

3 zones. Pas de salto, pas de choses compliquées et inatteignables à moins d’y consacrer 20 ans : 3 zones…

Merci de m’avoir lu. Et si vous êtes une femme, retenez ceci : il est possible de se défendre sans se transformer en machine de guerre…